09 juin 2007
EPILOGUE
Le centre de Pierre Haute se développe. Grâce au charme d’Oriane, les habitants du village participent au « remplissage » du domaine. C’est qu’il ne manque pas de malheureux dans la région. Ce n’est pas pour rien qu’on appelait les solognots « les ventres jaunes. » La terre est pauvre, et comme « Raboliot », beaucoup vivaient de braconnage. Les temps ont changé, mais les jeunes s’en vont vers les villes pour trouver du travail. La population vieillit.
Paris déverse aussi un fleuve continu de sans abri, déstabilisés et perdus, des échappés de la rivière glacée, dit Borg. Ils trouvent là un accueil chaleureux et surtout un nouvel espoir. Chacun participe à la marche du domaine selon ses compétences. Non point par devoir ou obligation, comme on pourrait le croire, mais avec un nouvel élan de vie qui les guérit de leurs blessures.
Le cercle s’agrandit…
Les six mois qui ont glissé vers le passé depuis le mariage de David et d’Oriane ont donc été sous le signe de l’effervescence.
Sauf pour Béryl qui organise son temps en méditations intellectuelles et métaphysiques. Les vérités qu’elle reçoit dans son esprit sont troublantes – et terribles. Elle sait bien que depuis l’an 2000, l’entendement universel a basculé vers le côté obscur, mais ce qui s’en suit dépasse ses pires inquiétudes.
Elle se souvient d’un livre qui l’a vivement intéressée quelques années en arrière : « La prophétie des Andes. » Prophétie confirmée au cours des siècles par les plus grands devins. La fin du monde. Béryl se demande ce que veut dire cette fin du monde. Fin du monde matérialiste ? Fin du monde physique ? Il semblerait que les deux soient liées. Si le monde physique disparaît, le matériel aussi. Logique – Wouarf !!!
Bon, pas de digression, pense-t-elle. Il s’agit d’étudier cette dernière donnée qui lui est parvenue : Les terriens sont maintenus en esclavage par certaines personnes – ou entité ? Les évènements actuels semblent le confirmer. En Europe, les entreprises expatrient leurs activités en tiers monde où la main d’œuvre est moins chère. Résultat : De plus en plus de chômeurs et de SDF en Europe, tandis que les rentiers, adeptes de la bourse, s’enrichissent.
Les individus sont maintenus en hypnose par les médias. Particulièrement par la télévision, seule référence des masses maintenues dans l’ignorance. Manipulation. Incontestable.
- « Nous sommes devenus inutiles à la notion du profit qui gouverne le monde, songe-t-elle, ce qui peut expliquer ces terribles épidémies qu’on nous prédit. On veut sans doute nous exterminer. »
Béryl pense à la dépendance des laboratoires de recherche biologique envers les puissances mondiales. Les problèmes écologiques viennent maintenant au second plan, décide-t-elle. Il s’agit d’organiser une action pour éviter l’hécatombe. Sur ce, elle se lève et rejoint les appartements d’Oriane pour lui en parler.
Oriane reste silencieuse, au récit de Béryl. L’évidence lui apparaît à elle aussi, d’autant plus qu’elle s’est documentée sur la question et trouvé des éléments troublants. Reste à savoir qui détient véritablement le pouvoir. Elle pense qu’une réunion générale est nécessaire et en fait part à Béryl qui approuve. Elles n’ont plus, volontairement, de contacts avec les informations officielles – déformations, dit marie, toujours aussi excessive – quoi que…
La réunion prévue pour demain est reportée au sur lendemain, vu que Jeannot est parti visiter un de ses « potes. »
Dès l’annonce de Béryl de ces données, des exclamations fusent de toutes part, et elle intervient pour rétablir le silence. La parole est donnée en premier à David qui connaît bien les puissants de ce monde. Il fait allusion aux « Dix familles » les plus riches et détenant le pouvoir de l’argent dans le monde entier. Il développe son ressenti de l’expérience qu’il a vécu à les côtoyer.
- « Ceux qui détiennent le véritable pouvoir mondial ont créé une multitude d’organisations inattaquables, parce que doublées ou même triplées dans leurs fonctions. Leur motivation principale est l’argent. Les services publics ont été remplacés par des entreprises privées, plus contrôlables. Leur procédure est la traçabilité, la manipulation des personnes via les médias. La démocratie est à présent un leurre. Les gouvernements n’ont plus de pouvoir. La commission européenne détient déjà 80% des décisions. Mais il me semble prématuré de leur donner la responsabilité d’un massacre organisé. »
- « Alors comme ça, rétorque Marie, les hommes politiques sont des fantoches ? »
- « Pas vraiment, répond David, enfin pas tous, certains ont déjà rejoint l’organisation, mais ceux qui contrarient les directives des dix grands risquent d’être effacés, d’une manière ou d’une autre. »
Un ange passe, les ailes rouges… de honte…
Jeannot reste imperturbable et silencieux, un léger sourire ironique au coin des lèvres… Marie entame alors ce fameux refrain qui lui convient si bien :
- « Il a toujours un souri-ire
Au coin d’la bouche au fond des yeux… la la la.. »
Line n’est pas intervenue ce jour là. Elle s’exprime de plus en plus rarement. D’abord parce que sa fille la dépasse de loin dans ses dons particuliers, ses connaissances, et son intelligence, ensuite parce que le travail avec les enfants la prend toute entière. Jeannot l’aide beaucoup. Elle récupère des enfants de la DASS, laissés là bas parce que leurs parents sont sans ressources.
Ce concept la choque infiniment. Les parents sont séparés de leurs enfants pour le profit de créatures sans scrupule. Elle a bien du mal à ne pas verser dans la rancune et le mépris. Ce monde est fou qui sépare ceux qui s’aiment pour enrichir certains. Ont-ils vraiment conscience de cela, se demande-t-elle, ou bien sont-ils pris dans la course folle de l’argent ? L’argent pour l’argent lui semble monstrueux. Elle se replie sur elle-même, se réservant la revanche de sauver ces enfants traumatisés, et de reconstruire les familles. La revanche, pense-elle avec une infinie conviction, pas la vengeance…Quoi que, parfois…
Quelques larmes coulent le long de ses joues : Elle est d’accord sur l’idée qu’on les tient en esclavage comme le pense sa fille. On sépare bien les veaux de leur mère pour les mener à l’abattoir. Alors pourquoi pas nous, si on nous considère comme des animaux ? Elle se sent fatiguée, dépassée par ces données monstrueuses qui la dépriment. Elle sort discrètement. Le soir est serein. Le ciel d’un bleu voilé de brume rose laisse entrevoir quelques étoiles. Elle entend un bruit de pas derrière elle. Contrariée, elle se retourne et voit Paulo qui s’avance d’un air incertain. Alors elle oublie tout ce qui fait la folie du monde et se jette dans ses bras. Le miracle s’accomplit encore une fois : L’amour est au rendez-vous, avec son manège de tendresse, de désir et de joie.
Dans la partie de Pierre haute réservée aux loisirs, Hélène pleure silencieusement. Coco est mort, sans prévenir. Il chantait avec elle le « Crépuscule des Dieux », et soudain, il est tombé. Comme ça, splatch ! Prémonitoire ? On n’a rien pu faire. Mais Béryl lui a dit :
- « L’oiseau noir est parti, mais un oiseau blanc va bientôt venir. »
Elle s’en moque de l’oiseau blanc, elle veut son coco ! Et une nouvelle coulée de larmes la submerge de chagrin.
C’est ainsi que Djamal, venu pour un cours de chant, trouve sa nouvelle amie. Navré, il ne sait que dire. Alors, il se met à chanter l’Avé Maria de Schubert. De toute son âme. D’une voix jamais entendue. Les larmes cessent. Hélène regarde et écoute Djamal avec émerveillement. Le sublime est là, le temps se fige en immobilité. Elle est attentive à se réjouir de la vibration d’une voix au langage spirituel, sans souffrir de la mort du soleil dont l’éclat se consume au crépuscule. Hélène incline son regard vers Djamal et marche avec lenteur vers lui. Elle salue et lui dit :
- « Maestro, je vous invite à ma table, ce soir, voulez vous ? »
Djamal éclate de rire et répond que oui, bien sûr, ce sera un honneur pour lui.
En cette nuit de printemps, celui qui se promène dans le parc de Pierre Haute, voit le château rayonner. Celui là est Jeannot.
Il décide de faire un tour chez Line, car un des enfants récupéré lui donne quelque inquiétude. Quand il arrive à la porte de leur appartement, il entend des rires et chuchotements qui ne lui laissent aucun doute sur leurs activités. Il sourit. Il pense alors à Marie qui l’attend. Et hop ! Demi tour en direction de l’amour, puisqu’il est inscrit dans la nuit.
C’est alors que le signal d’urgence retentit dans Pierre Haute. Réunion imminente des responsables, ordonne-t-il.
Chacun prend ses dispositions pour arriver le plus vite possible.
Béryl attend, très pâle – c’est elle l’instigatrice de cette conférence impromptue – quand Marie arrive, la première, suivie de Paulo, puis des suivants qui accourent. Tout le monde est enfin là. Assez intrigués et un peu inquiets, Ils interrogent Béryl du regard.
- « Je dois vous communiquer des informations d’une extrême gravité. Voilà : je viens de recevoir des messages lumineux. J’ai pris le temps de vous les dessiner en grand format. Je vous les commenterai ensuite. Voici les trois premiers. »
Béryl déroule une grande feuille de papier où on peut voir ceci :
- « Comme vous voyez, le premier dessin représente une multitude petits « M » dans un cercle. Puis un énorme « M », Puis différentes tailles de « M ». Cet ensemble signifie la fin de notre planète terre. Un météorite exterminateur s’approche de nous. Selon les prophéties des plus grands devins à travers les siècles, ainsi que les textes sacrés de plusieurs religions, nous en serons prévenus par l’arrivée d’une pluie de petits météores sans gravité, soit, les petits « M », puis, plus tard, l’énorme météorite exterminateur, le grand « M ». Puis une pluie dense de morceaux de toutes les dimensions. Un de mes amis chercheur a trouvé cette même information sur internet. Ce météore était baptisé M13. Le temps qu’il essaie d’imprimer ces données, l’information avait disparu. M est la treizième lettre de l’alphabet. M13. Mais ce qui est troublant, c’est que M13 est aussi le nom d’une galaxie située à des années lumière de la terre. Voici les messages suivants : »
- « Le premier message représente un rond bleu – la planète bleue – notre terre, entourée d’une crénelure d’or avec des points verts. A côté, un grand « s ». Ce qui correspond à une prophétie. Au moment où l’exterminateur arrivera, la terre sera protégée par la présence divine – le dragon qui se dresse en « S » pour nous aider à passer dans un mode vibratoire supérieur. C’est pourquoi la terre est couronnée d’or et d’émeraudes. Nous ne passerons pas par la mort. Enfin… Pas tous. Uniquement ceux dont l’esprit est suffisamment élevé pour permettre ce passage. Puis le second message : Des lunes imbriquées les unes dans les autres et formant une chaîne. La lune correspond à l’élément physique. Puis à côte, le signe dièse qui signifie une élévation de la vibration. Ce message nous concerne directement. Nous devons travailler à aider tous ceux qui seraient aptes à la transcendance, mais sont encore perdus dans la nuit du monde physique. Nous devons nous réunir et nous mettre en communion avec l’entendement universel pour élever la vibration des âmes. Voilà. »
Un grand silence stupéfait dans l’assemblée, puis une voix, celle de Marie :
- « Quand tu dis que certains seulement seront transcendés, tu veux dire que les autres vont mourir ? »
- « Oui »
- « Mais… Ils auront une autre chance ? »
- « Qui le sait, et qui peut le dire ? »






