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LA RIVIERE GLACEE
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10 juin 2007

De retour à l’appartement, ils s’installent pour

        De retour à l’appartement, ils s’installent pour parler (encore et toujours) au salon avec toujours le fameux verre d’eau, et Jeannot lui demande comment on guéri « ce genre de truc. » Borg lui explique qu’on peut guérir cela d’abord avec des médicaments, puis avec une alimentation appropriée.

- « Alors, l’analyse de sang, c’est inutile ? »

- « Non, il faut savoir si tu n’as pas d’infection, tu as pu chopper en plus un virus quelconque. »

- « Et ça prend combien de temps pour guérir, en admettant que je n’aie point d’autre merdouille ? »

- « Il faut compter au moins trois semaines, si tu es raisonnable et que tu fais bien ce que je te dis. C’est pourquoi je te propose de rester ici pendant ce temps car sur la route, il te sera difficile de faire le régime. »

- « C’est que moi je dois travailler maintenant, les réserves commencent à s’épuiser. Tu sais, mon gars, ça n’est pas parce que je vadrouille sur la route que je ne tiens pas mon budget, j’ai toujours été doué pour les comptes, et même que mes petites économies que je garde en cas de coup dur, eh bien je les ai bien placées, ça me rapporte, quoi. J’ai potassé un tas de bouquins sur la question. Tu sais, l’économie, la finance… J’étais curieux de savoir comment on pouvait arriver à amasser des montagnes de pognon en partant de rien ou de peu. Note bien que je n’ai jamais eu l’intention de faire çà  personnellement. Je voulais simplement savoir comment ça fonctionne, parce que le fric finit souvent par pourrir les gens. Tu comprends, le fric, ça donne parfois le goût du pouvoir, et les gars qui se laissent avoir par ce truc là, ils deviennent dangereux. C’est important de le savoir, quoi. Tout ça pour te dire qu’il faut quand même ce qu’il faut, et comme il n’est pas question que tu m’entretiennes pendant tout ce temps, je vais devoir m’en aller. »

- « Si tu veux travailler, j’ai du boulot pour toi, rassures toi, pas du boulot de…larbin, mais puisque tu connais ces histoires de  placement, c’est ce que je te propose de faire. Voilà : j’ai beaucoup trop d’argent, et comme ma femme n’est plus là pour le dépenser, je vais avoir un surplus considérable, et je t’avoue que moi, toutes ces histoires d’argent m’ennuient et que je n’ai pas le temps de m’en occuper. Alors – ou je prends un secrétaire en qui j’aurai une relative confiance – ou tu acceptes de t’en charger. »

- « Ça gagne autant que ça un toubib ? »

- « En fait, ce n’est pas de l’argent que je gagne, mais des héritages de famille, surtout des biens immobiliers, des commerces, des immeubles, Je perçois des loyers, et tout cet argent, si on ne s’en occupe pas, mon comptable va l’utiliser pour des placements. Ce qui veut dire qu’il y en aura de plus en plus, et qu’il ne servira à rien. Je voudrais que tu voies ce qu’il en est et t’arranger pour en donner à des œuvres, comme la D.A.S.S. par exemple ou peut-être connais-tu toi-même des personnes qui auraient besoin d’aide, enfin tu vois si ma proposition t’intéresse, parce que moi, ça m’arrangerait beaucoup. »

- « Si ça t’arrange, mon gars, je n’ai même pas à réfléchir : Je reste, trois semaines, ce n’est pas la mer à boire. Mais puisque tu m’en parles, je connais quelqu’un qui pourrait être intéressé par ton aide, c’est le fils de mon pote de Normandie, mon neveu, quoi. C’est un môme qui est super doué à l’école, et un bon petit gars, sérieux avec ça. Il voudrait être toubib, tiens, médecin sans frontières. Mais tu parles qu’avec trois autres gosses en plus, ils ne pourront pas suivre, ses vieux. Moi j’ai bien pensé à mes économies, alors je me suis renseigné. Même avec les bourses, ça ne suffira pas, et il y en a pour dix ans ! »

-  « C’est très bien, tu t’en occupes donc. »

- « Moi je pense que c’est à toi de leur dire. »

- « Et quand, et comment ? »

- « Qu’est-ce que tu fais à Noël normalement ? »

- « Je festoie parfois avec des amis ou en famille. »

- « Et cette année ? »

- « Je n’y ai pas encore réfléchi. »

- « Je ne pense pas que tu festoies avec ton meilleur ami, ni je l’espère avec ta mère ? Alors je te propose de venir nous rejoindre en Normandie, ainsi tu connaîtras le gamin, il vaut le détour. »

- « Il me semble que tes amis, ont peu de moyens… »

- « Mais tu peux participer ! Moi, tous les Noëls, j’achète la dinde. »

- « Je ne vais pas déranger ? »

- « Alors ça, pour déranger Paulo et Line, il faudrait une grande sécheresse ou un ouragan. Et encore, ils trouveraient le moyen de s’en accommoder. »

- « Line, c’est la femme de ton copain ? »

- « Vouai, elle s’appelle Evangeline, mais comme c’est un peu long… »

Borg réfléchit. Pourquoi pas, du moment qu’il est avec Jeannot, ça ne peut aboutir que sur des bons moments, et s’il voit qu’il dérange, il peut toujours partir.

- « C’est d’accord, on organisera ça, tu me diras quand je peux venir. »

C’est ainsi que Jeannot devient le (sobre) secrétaire de Borg. Bien qu’il fasse un peu la grimace en ce qui concerne la méthode alimentaire que son ami lui impose, il suit assez bien ses directives. Il n’a plus mal au ventre, et le résultat des analyses de sang a montré qu’il n’a pas d’autre « merdouille dans les boyaux. »

Il a étudié tous les documents concernant la fortune de Borg, et contacté son comptable qui est, d’après lui, un « nullard de première. » Les chiffres le laissent rêveur, et lors d’un de leurs « palabres » du soir, il ne peut pas s’empêcher de lui demander :

- « Tu m’as dit que c’était ta femme qui dépensait tout ton fric, mais je voudrais bien savoir comment elle faisait pour dépenser autant. »

- « Je n’en ai aucune idée. »

- « C’était un gouffre à pognon ! »

- « En fait, cela n’a pas toujours été le cas. J’ai rencontré ma femme en vacances, sur une plage de Normandie. Je n’avais jamais vu une jeune fille si pleine de gaîté, d’entrain, de joie de vivre. Elle était très jolie, une blonde aux yeux bleus. J’en suis tombé tout de suite follement amoureux. Le coup de foudre. Avant la fin des vacances, je lui demandais de m’épouser. Je me sentais incapable d’envisager la vie sans elle. Nous passions des soirées entières à parler de n’importe quoi, à presque refaire le monde, et tout mon être était illuminé par sa présence. J’avais l’impression de la connaître depuis toujours.

Nous nous sommes fiancés sans qu’elle ait connaissance de ma fortune. Non pas que j’aie craint qu’elle ne m’épouse pour cela, mais je n’ai pas pensé à lui en parler parce que c’était pour moi une chose naturelle, tu comprends : J’ai toujours vécu dans l’opulence, mais sans ostentation, c’était ma normalité.

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